Cette fille-là, mon vieux, elle est terrible !

Vous voudrez bien m’excuser d’avoir cité Johnny Hallyday pour introduire la très talentueuse et très jolie – et donc terrible – Ambrosia Parsley (chanteuse et leader de Shivaree, groupe américain aujourd’hui défunt).

Wovenhand

La moitié d’un duo

Vous vous souvenez des Milk Carton Kids, duo dont j’avais osé comparer les harmonies vocales à celles des Byrds ou de Crosby, Stills and Nash ? Eh ben, les revoilà. Enfin, les revoilà en partie : n’ayant pu trouver une vidéo de qualité dans laquelle ils interprètent ensemble, et en live, l’envoutant morceau intitulé « Laredo », j’ai dû me rabattre sur un enregistrement de la même chanson par le seul Kenneth Pattengale, guitariste solo de la remarquable paire.

Au diable l’avarice : voici la version enregistrée en duo, en 2011, pour l’album « Retrospect » (à cette époque, les deux musiciens se présentaient encore sous leurs noms personnels et non comme les Milk Carton Kids). J’ai tendance à préférer celle-ci.

Raconteurs

La semaine dernière, le jukebox de Monde de Merde (putain, quel nom !) vous proposait quelques morceaux composés et/ou co-composés par Jack White pour l’un des trois groupes auxquels il a, à ma connaissance, jusque-là participé : The White Stripes, The Raconteurs et The Dead Weather. Je vous propose aujourd’hui de revenir sur les Raconteurs et de les rencontrer en pleine action, au travers d’une seule vidéo qui dit parfaitement leur talent et leur énergie.

Hop, c’est parti !

Le Mort est vivant

Le Grateful Dead est officiellement né en 1965 et décédé en 1995, à la mort de Jerry Garcia, son membre le plus emblématique (ici, on ne parle pas de « leader » : le Grateful Dead a toujours été une communauté sans autre hiérarchie que celle que d’autres lui ont inventée).

Sauf que si le Grateful Dead est bien né un jour de 1965 en Californie, il n’est jamais mort. Il se réincarne sans cesse, sous divers noms et sous diverses formes. Qu’il s’appelle The Other Ones, The Dead, Scaring The Children, Furthur, The Bob Weir Band, Phil Lesh And Friends (ou mille autres avatars) et qu’il comprenne deux, trois, cinq ou même un seul des membres originaux, il reste toujours le Grateful Dead et son âme est à jamais intacte.

Cela est rendu possible, voyez-vous, parce que le Grateful Dead, malgré son apparence de groupe, n’est pas et ne fut jamais un groupe. Il est un voyage, une aventure et, chacun de ses musiciens portant en lui la totalité de cette aventure, il suffit d’un seul d’entre eux, n’importe lequel, pour faire le Mort.

Le trio Scaring The Children, qui ne comprend qu’un seul des membres originaux du Grateful Dead (Bob Weir, l’homme à la guitare et au chant), est une parfaite et éclatante illustration de cette théorie de la perpétuelle renaissance que je viens d’avancer.

Un grand merci à celui par qui j’ai pris connaissance d’une de ces deux vidéos ainsi qu’à celui qui, à l’origine, a permis à mon informateur d’être lui-même informé.

 

 

Le musicien qui cassait des briques

Sixto Rodriguez n’est certainement pas un nom que la plupart d’entre vous a déjà entendu au détour d’une conversation. Je dois même pouvoir dire, de manière plus négative, sans guère de crainte de beaucoup me tromper, que l’immense majorité des lecteurs de ce blog ne savait même pas qu’il existait ici-bas un individu affublé de ce nom.

Si toutefois il est des exceptions à cette règle que je viens de brutalement asséner, qu’elles tirent gloire d’appartenir au cercle des initiés.

Que les ignorants, eux, se rassurent. La lumière s’apprête à descendre sur eux et, ignorants, ils ne le seront plus dès le paragraphe qui suit immédiatement celui-ci.

Sixto Diaz Rodriguez, plus inconnu sous le nom de Rodriguez, est un guitariste et chanteur américain d’origine mexicaine. Et, guitariste et chanteur, il l’a toujours été. Même quand il devait casser des murs dans l’hiver de Detroit pour gagner sa croute.

Cet artiste, dont les intonations et les paroles ne sont parfois pas sans évoquer du grand Bob Dylan, a sorti, après un premier single en 1967, deux albums : Cold Fact (1970) et Coming From Reality (1971). Dans les deux cas, ce fut un flop. Un immense flop. Un des plus grands flops de l’histoire de la pop music américaine. A peine quelques dizaines d’albums vendus. Aucune promotion digne de ce nom. Aucun passage à la radio. Aucun écho. Rien.

De New York à San Francisco, ce fut le bide total.

L’enregistrement d’un troisième album sera finalement abandonné et Sixto, lourdé par son label. Celui qui vient de la vraie vie renonce alors à toute velléité artistique et retourne à la vraie vie. Il loue ses bras sur des chantiers, démolit, rénove, soulève, transporte, trouve dans sa pauvreté les moyens d’assurer une bonne éducation à ses trois filles, s’inscrit en fac, démolit, rénove, soulève, transporte, décroche une licence en philosophie, se présente sans succès à la mairie de Detroit et donne dans l’action sociale en faveur des pauvres. Mais, par-dessus tout, il se casse le cul sur des chantiers de construction pour échapper lui-même à la misère dont Detroit, cité sinistrée, est si fertile.

Cependant, ailleurs, et notamment dans quelques pays de l’hémisphère sud (Australie, Nouvelle-Zélande, Afrique du Sud et Rhodésie entre autres), même si le principal intéressé n’en sait d’abord rien, il se trouve que ses albums se vendent très bien (qui a ramassé le pactole qui aurait dû échoir à Rodriguez ?)

A la fin des années 70 et au début des années 80, après la réédition remarquée quelques années auparavant de ses deux albums par un label australien (les imports venus des USA, albums qui pourrissaient dans un entrepôt new-yorkais, s’étaient vendus en quelques semaines en 1976), Rodriguez connait un premier retour en grâce et fait quelques tournées aux Antipodes (dont une, excusez du peu, en première partie de Midnight Oil) avant que de rentrer à Detroit où il se remet à casser des cloisons à grands coups de masse et où la plupart de ses collègues, de ses voisins, des patrons et des clients des bars qu’il fréquente parfois en soirée ne sait rien de sa discographie. D’aucuns, qui lui servent des bières ou le croisent à la nuit tombée quand il arpente sans relâche les rues obscures, le tiennent même pour un vagabond sans famille, pour un journalier qui navigue de refuge en abri et d’abri en refuge.

Pendant ce temps-là, en Afrique du Sud (où ses deux albums mort-nés ont mystérieusement voyagé), et sans que Rodriguez ne se doute de quoi que ce soit ou n’en profite financièrement, il est une certaine jeunesse blanche qui l’admire depuis le début des années 70. Fatiguée de la censure et de l’apartheid, celle-ci entend dans les textes souvent politiques de Rodriguez – textes desservis par une belle voix très Sixties – un écho à sa propre indignation. Ici, c’est le mot « sex », habituellement banni dans l’Afrique du Sud de la ségrégation et du puritanisme, qui titille les auditeurs. Là, c’est la révolte pleine et entière contre l’Establishment qui inspire une nouvelle génération de musiciens afrikaners.

Ce n’est qu’en 1998, alors qu’il est très certainement occupé à démolir quelque pan de mur récalcitrant dans un quartier moisi de Detroit, que la fille aînée de Rodriguez tombe sur un site web sud-africain consacré à son père. Elle contacte alors les créateurs de ce site et découvre, abasourdie, éberluée, que, depuis plus de deux décennies, son géniteur est, en Afrique du Sud, une star qui fait jeu égal avec des calibres comme Dylan ou Elvis. Elle découvre par la même occasion que ces Blancs sud-africains qui vénèrent son père ne savent absolument rien de lui, de son anonymat total dans son pays natal et de la vie très modeste qu’il mène depuis pas loin de 30 ans. Pire encore, elle apprend que l’Afrique du Sud – qui, pour cause d’embargo et d’isolement, n’a jamais entendu parler des tournées australiennes de Rodriguez des années 79 et 81 – tient son père pour mort (c’est du reste pour tenter d’élucider les circonstances de sa mort – que l’on suppose être un suicide sur scène, en plein concert – que des fans ont créé le site web).

Contact est pris le jour-même. Rodriguez est invité en Afrique du Sud par les créateurs du site. Au téléphone, on lui parle d’une tournée. L’artiste subitement ressuscité pour la deuxième fois de sa vie, mais qui n’a pas encore bien pris la mesure de la popularité assez incroyable dont il jouit à l’autre bout de la terre, débarque finalement en Afrique du Sud dans les premiers jours de mars 1998 avec deux de ses filles, trois sacs et une guitare pour donner ce qu’il imagine être un ou deux récitals acoustiques dans de petites salles obscures devant quelques dizaines de personnes. Mais, à son immense surprise, ce sont trois limousines, des producteurs, des journalistes et une poignée d’inconditionnels qui l’attendent à l’aéroport. Sur la route qui le mène vers la luxueuse suite qu’on lui a réservée, tous les lampadaires s’ornent d’affiches annonçant ses concerts : six concerts à guichets fermés devant des dizaines de milliers de fans extatiques, bouleversés de se retrouver face à ce prophète que, depuis 25 ans, ils croyaient mort et enterré ; six concerts pour lesquels Rodriguez, qui n’a bien évidemment pas de musiciens, sera accompagné par un des groupes sud-africains les plus populaires ; six concerts pétris d’émotion pendant lesquels, touché en plein cœur par les hurlements de bonheur de la foule, sans jamais lâcher sa guitare, Rodriguez ne cesse d’arpenter la scène d’un bout à l’autre et de descendre dans la fosse parmi le public pour remercier l’Afrique du Sud de l’avoir secrètement maintenu en vie. L’ouvrier de Detroit embrasse, joint les mains, fait et refait la révérence, contient son cœur qui s’agite. Il est enfin redevenu ce qu’il n’aurait jamais dû cesser d’être : un musicien sur une scène.

La suite de l’histoire de Rodriguez, que je n’ai fait qu’effleurer parce qu’il n’est pas question que je vous mâche tout le travail (et parce qu’il n’est pas toujours facile de séparer les faits de la légende), c’est à vous de la découvrir et, à mon avis, il n’est pas meilleur point de départ pour cela que la page Wikipédia qui lui est consacrée. Vous pourrez ensuite passer à Searching For Sugar Man, un documentaire sorti l’an dernier et qui, malgré quelques malhonnêtetés/omissions dans sa relation de l’histoire de Rodriguez, n’en reste pas moins de qualité (vous garderez cependant à l’esprit que ce documentaire pas toujours intègre et qui ne répond pas à toutes les questions qu’il pose n’est consacré qu’à la quête de Rodriguez par une poignée de fans sud-africains et non à la « carrière » de celui-ci et vous lui accorderez également comme autre circonstance atténuante de permettre aux Américains et aux Européens de découvrir enfin, avec quarante ans de retard, un artiste qu’ils n’auraient jamais dû ignorer). Vous y rencontrerez, près d’un antique poêle à bois qu’il attise avec un bout de carton déchiré, un homme charmant, discret, philosophe et modeste qui, malgré qu’il touche enfin un peu d’argent de sa musique et enchaîne maintenant les tournées (il sera en France au mois de juin), continue à vivre dans le même petit pavillon dont la peinture s’écaille, de la manière dont il a toujours vécu.

Je vous engage surtout très fortement, parce qu’il n’y a au final que cela qui importe vraiment, à écouter ses deux albums (désormais assez faciles à trouver). Si l’un et l’autre ont, pour moi au moins, ont un je-ne-sais-quoi d’inachevé ou de produit à la va-vite (qui n’est toutefois pas sans charme et procède peut-être même d’une sobriété voulue), ils recèlent des chansons qui en disent long sur le potentiel énorme de l’auteur-compositeur. Sur le premier album, au moins quatre morceaux – ce n’est pas rien, putain – avaient presque tout ce qu’il fallait pour devenir des tubes nationaux. Le deuxième et dernier opus, bien qu’assez différent, n’est pas pour autant en reste de morceaux attachants. Cause, entre autres, me touche particulièrement.

Bref, vous l’aurez compris, Rodriguez est, à 70 ans, de retour d’entre les oubliés et les arnaqués et ce serait vraiment dommage de lui fermer une fois de plus la porte au nez.

Voici, en guise d’introduction pour ceux qui ne le connaissent pas encore, trois de ses chansons. Elles proviennent respectivement du premier, du deuxième et, pour autant que je le sache, du troisième album resté inachevé. Les fauchés qui souhaiteraient en entendre plus sans pour autant acheter les albums pourront toujours fouiller Youtube (où la presque totalité de son œuvre est disponible) ou me contacter directement (je possède les deux albums et quelques singles).

 

 

Grandeur et décadence d’une cité

Ces photos, œuvres d’Yves Marchand et Romain Meffre, sont tirées de l’exposition « The Ruins of Detroit », visible jusqu’au 15 septembre à la Galerie Wanted (23, rue de Sicile, Paris). Si, à l’image de dizaines de millions de gens, vous n’habitez pas Paris ou son épouvantable région, je vous invite à visiter leur site web, où vous trouverez d’autres photos aussi poignantes que celles-ci.

With many thanks to Russell.

United Artists Theater

United Artists Theater

Fisher Body 21 Plant

Fisher Body 21 Plant

Ballroom, Lee Plaza Hotel

Ballroom, Lee Plaza Hotel

Bagley-Clifford office of the National Bank of Detroit

Bagley-Clifford office of the National Bank of Detroit

Ballroom, American Hotel

Ballroom, American Hotel

Room 1504, Lee Plaza Hotel

Room 1504, Lee Plaza Hotel

18th floor dentist cabinet, David Broderick Tower

18th floor dentist cabinet, David Broderick Tower

Vanity Ballroom

Vanity Ballroom

 

Naked Bodie

En 1848, à Poughkeepsie, état de New York, un fabriquant d’étain du nom de Bodey (personne n’est sûr de son prénom) laisse femme et enfants dans la petite maison qu’il possède à l’angle des rues South Hamilton et Montgomery et, poussé par des rêves d’or et d’aventure, met les voiles pour la Californie où il débarque l’année suivante.

Dix ans plus tard, en 1859, il découvre de l’or dans l’est de l’état, pas très loin du lac Mono. Notre aventurier, cependant, ne profitera jamais de sa découverte puisque, en novembre de la même année, au retour de Monoville où il est parti s’approvisionner, il se perd dans le blizzard et meurt.

Quoi qu’il en soit, la rumeur que la région regorge d’or se répand et, près du filon mis à jour par notre new-yorkais, nait bientôt un camp minier qui prendra son nom : Bodey d’abord puis, plus tard, Bodie.

Mais le camp, qui ne tient pas tout à fait ses promesses, végète. On n’y trouve que quelques prospecteurs indépendants et deux compagnies dont toutes les recherches s’avèrent vaines.

Tout change en 1876, lorsque la Standard Company tombe sur un filon. D’autres découvertes suivent et le camp se développe. Des maisons sont construites. Des journaux voient le jour. Des banques ouvrent leurs portes. Une fanfare se crée. Des syndicats se forment. On installe le télégraphe. La rue principale est bordée de 65 saloons. Bagarres, meurtres et attaques de diligences sont monnaie courante. Au nord de la ville, les bordels sont légions. Les résidents chinois se comptent par centaines. Les fumeries d’opium ne manquent pas.

Bodie_1890Bodie_Saloon

L’âge d’or est toutefois de courte durée. Dès 1880, nombre de pionniers quittent la ville et partent tenter leur chance dans des villes plus prometteuses dont Tombstone, Arizona. La construction d’une voie ferrée et l’arrivée de nouvelles méthodes d’extraction ne donneront qu’un court répit à Bodey.

En 1910, la population n’est plus que 698 habitants. En 1912, le dernier journal ferme ses portes. Malgré la reprise de mines par des ouvriers et quelques profits en 1915, le déclin irréversible se poursuit. En 1917, la voie ferrée est abandonnée et les rails sont démontés. En 1920, la ville ne compte plus que 120 habitants. Le centre-ville est ravagé par un incendie en 1932. Dix ans plus tard, la dernière mine et le bureau de poste ferment définitivement. En 1943, il ne subsiste plus que 3 habitants dont un prend soin de la ville, victime de vandalisme, pour le compte de la famille qui, en 1915, en avait racheté l’essentiel.

Au début des années 60, Bodie, que l’on a commencé à appeler « ville fantôme » dès 1915 et dont il ne reste que peu de bâtiments, devient officiellement parc historique (régulièrement menacé de fermeture à cause de problèmes budgétaires).

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Note : les 8 dernières photos sont tirées de la galerie Flickr de Wolfgang Staudt.

3 minutes et 3 secondes de bonheur

Merde, pas de demi-mesures aujourd’hui, soyons carrément positifs et permettez-moi donc de vous offrir dans cet esprit nouveau, une des plus belles voix de la musique folk. Non. La plus belle voix.