Je reviendrai

Le 24 août, dans un article intitulé « Rideau ? », j’écrivais ceci : « Quand on croit ne plus comprendre le monde qui nous entoure, quand notre vision se trouble au point que l’on ne distingue plus rien qui ait encore un minimum de netteté, quand les peu nombreuses certitudes que l’on pensait avoir se transforment en doutes, quand on ne sait plus où sont les mensonges ni même s’il existe encore une vérité, quand on n’a plus idée si l’on est bon, si l’on est mauvais ou même si cela a la moindre importance, quand on ne s’accorde plus guère de crédit, quand les mots que l’on aimait en viennent parfois à vous terrifier, quand on ne désire plus participer à la laideur de peur de devenir difforme, quand on en a ras le bol d’être un des multiples bruits qui font l’insupportable cacophonie, quand on se fout de tout, il se pourrait qu’il soit temps d’arrêter de bloguer. J’ai besoin pour l’instant de silence, le monde aussi. Ensuite, je mourrai ou renaîtrai, ici ou ailleurs. »

Un mois et un jour plus tard, je ne comprends pas mieux le monde qui s’étend au-delà de la clôture de mon petit jardin, n’ai pas une vision plus nette, ne détiens pas plus de vérités, ne suis pas moins criblé de doutes, n’ai acquis aucun pouvoir qui me permettrait de détecter les mensonges sans coup férir, ne crois toujours pas davantage en mes capacités qu’en mes défauts et mes limites, suis encore terrifié par les mots que je pourrais écrire et la façon dont ils pourraient être lus, ne désire pas plus qu’avant ajouter à une laideur et à une cacophonie que j’exècre mais dont je suis tout à la fois, comme n’importe qui d’autre pris dans ce maelstrom, l’image, le reflet, la source et l’écho.

Je dois cependant m’avouer et vous confesser que, lorsque je ne me fous pas de la marche et de l’état du monde avec une intensité qui m’horrifierait si elle ne m’était pas à ces instants-là complètement égale, un rien m’enrage ou me réjouit, me rejouit ou m’enrage. C’est selon. Arraché à l’indifférence et au je-m’en-foutisme, je puis être saisi par l’hilarité ou la fureur à l’annonce d’une énième guerre, je puis sourire jusqu’à l’épuisement de mes zygomatiques ou pleurer à en prendre le souffle au spectacle d’une quantième saloperie, je puis me tordre les côtes ou vouloir me les arracher devant une ixième vidéo de décapitation, je puis me gondoler ou dégueuler à l’écoute des promesses d’un avenir meilleur, je puis faire un monde d’une vétille ou une vétille du monde entier. C’est selon. Dans ces moments-là, quand je suis mentalement de retour au cœur de mon époque et parmi mes contemporains, je ne veux surtout rien retenir en moi qui pourrait se dilater, se boursouffler, et me déchirer de toutes parts. Il faut alors absolument que j’extériorise le bonheur frénétique, le chagrin incommensurable ou la colère monumentale (c’est selon) que j’éprouve à vivre dans un monde qui met sa connerie en pub et la vend sous emballages multicolores, dans un monde où 7 milliards de personnes troquent leur présent contre leurs lendemains, contre une parole de papier, contre une machine à laver, contre deux pièces de monnaie, contre des dividendes qu’ils n’ont pas le temps de dépenser, contre une vie éternelle dont, si l’on en juge par la manière dont ils vivent l’existence éphémère dont ils jouissent déjà, ils ne sauraient que faire, contre de la poussière qui finit par se déposer sur leurs dents, contre du vent qui leur glisse entre les doigts, contre le futur de leurs enfants, contre tout ce qu’ils aimeraient encore s’ils ne l’avaient pas laissé s’échapper…

Je reviendrai donc m’égosiller. Je ne sais pas encore quand cela se fera mais je reviendrai. Je reviendrai exactement tel que j’étais avant et tel que je suis encore. Je reviendrai comme si je n’étais jamais parti. Je reviendrai avec ma peur, mon désespoir, mon inintelligence, ma méconnaissance, mon immaturité, mes aprioris, mes approximations, mes amalgames, mes parallèles tordus, ma vue brouillée, mes yeux mouillés, mon regard mauvais, mes certitudes de poivrot sobre, mes égarements, mes sophismes, mes tâtonnements, mes errements, mes facultés douteuses, mes défauts certains, mes limites tangibles, mes mots bancroches, mes mots incompris, mes mots dangereux, mes ténèbres, mes difformités, mes cicatrices, mes erreurs, mon ressentiment, ma turpitude, mes rires discordants, mes ricanements, mon persiflage, mes sarcasmes, mon ironie, ma gouaille de hyène, mes quolibets, ma connerie, ma dérision, ma distance, mon indolence, ma rage, ma douleur, mon intolérance, ma cruauté, mon athéisme, ma mauvaise foi, mon anticléricalisme, ma haine viscérale de l’humanité, ma détestation des superstitions, mes doigts d’honneur aux dieux et aux marionnettistes qui leur donnent vie, mon iconoclastie imparfaite, ma compassion pour les individus piétinés, mon admiration pour les individus qui refusent d’être piétinés, ma passion pour la musique, mon amour des courbes féminines, mon penchant pour le cunnilingus, mon rêve grotesque de dompter une langue française qui m’échappe, d’autres rêves dont je ne dirai rien, les rêves de mon fils et mes grosses bottes, mes putains de grosses bottes alourdies par un monde de merde qui est comme une boue tenace, solide, pétrifiée à jamais. Un monde sur lequel je dois, pour ne pas devenir fou et m’arracher à la tentation de n’en être qu’un spectateur désarticulé et atone, pleurer et vomir de rire à m’en faire péter le clavier.

La date est incertaine mais je reviendrai. Putain que oui que je reviendrai !

doigt-d-honneur

Rideau ?

Quand on croit ne plus comprendre le monde qui nous entoure, quand notre vision se trouble au point que l’on ne distingue plus rien qui ait encore un minimum de netteté, quand les peu nombreuses certitudes que l’on pensait avoir se transforment en doutes, quand on ne sait plus où sont les mensonges ni même s’il existe encore une vérité, quand on n’a plus idée si l’on est bon, si l’on est mauvais ou même si cela a la moindre importance, quand on ne s’accorde plus guère de crédit, quand les mots que l’on aimait en viennent parfois à vous terrifier, quand on ne désire plus participer à la laideur de peur de devenir difforme, quand on en a ras le bol d’être un des multiples bruits qui font l’insupportable cacophonie, quand on se fout de tout, il se pourrait qu’il soit temps d’arrêter de bloguer.

J’ai besoin pour l’instant de silence, le monde aussi.

Ensuite, je mourrai ou renaîtrai, ici ou ailleurs.

Crépuscule

Changement de nom(s)

Ce blog, comme vous pouvez le constater, a changé de nom. Il s’appelle maintenant « Monde de Merde ».

Je ne vais pas entrer dans le détail précis des raisons qui ont motivé cette modification mais, pour faire bref, disons que j’en avais marre et de son nom anglais et de son url en .net qui, dans les résultats des moteurs de recherche, pouvaient laisser à penser à des lecteurs potentiels qu’il s’agissait d’un blog rédigé dans la langue de Shakespeare et consacré aux Beatles. En revanche, « Monde de Merde » et sa terminaison en .fr, en plus de donner une première idée sur son contenu et sur la vision cynique du monde qui est celle de son rédacteur, indique sans aucun doute qu’il s’agit d’un blog rédigé en français.

Si monde-de-merde.fr est devenu l’adresse officielle, la seule qui apparaisse dans la barre des adresses de votre navigateur, trois autres url mènent toujours à ce blog, à savoir sergeantpeppertimes.net, sergeantpeppertimes.wordpress.com et sergeantpepper.net. Les deux premières, liées à mon compte WordPress, ne changeront jamais et conduiront toujours à « Monde de Merde ». La dernière (sergeantpepper.net), par contre, est vouée à disparaitre le 29 octobre 2016. Si vous avez enregistré mon blog dans les favoris (marque-pages, bookmarks, etc.) de votre navigateur sous cette adresse, il vous faudra donc penser à faire une mise à jour avant la date susmentionnée.

À noter également, puisque nous en sommes à parler d’url, que le nom de domaine mondedemerde.fr (sans tirets), dont j’ai également fait l’acquisition, sera bientôt mappé de manière à rediriger aussi vers le blog (vous serez dûment averti(e)s lorsque ce sera ce mappage sera effectif).

Vous aurez également noté, observateurs/observatrices que vous êtes, que, quitte à me débarrasser du nom « Sergeant Pepper Times », je me suis également débarrassé de mes pseudos Sergeant Pepper et Sergent Poivre au profit d’un nom qui pourrait tout à fait être mon nom véritable tant il résume parfaitement bien mon inadéquation avec ce monde : Lou d’Estèpe.

J’en profite pour vous rappeler (ou vous apprendre, si vous ne le saviez pas déjà) que Lou d’Estèpe et Monde de Merde sont tous deux sur Facebook, ouverts aux « amitiés » et/ou aux abonnements. Lou d’Estèpe, pour sa part, est aussi présent sur Twitter et sur Google+

Bonne lecture

Bon… ben…

Bonne année

Pourquoi le blogueur ne blogue pas (avis de liquéfaction temporaire)

Putain, même le sable !

Si vous n’étiez pas devant Arte mardi 22 avril à 20h50, vous pourrez vous rattraper samedi 26 (12h05), lundi 28 (9h50) ou vendredi 9 mai (10h00). Si ces dates et ces heures ne vous convenaient pas, vous cliquerez ICI ou bien LA pour accéder directement à la vidéo. Ce documentaire, qui vous apprendra peut-être bien des choses que vous ignoriez totalement sur l’état de notre planète, est à ne surtout pas manquer. Il s’agit bien évidemment – comment pourrait-il en être autrement ? – de mauvaises nouvelles.

Free Jabeur

Free_Jabeur_Mejri_1

Opération 100 dessins pour Jabeur

Site de son comité de soutien (où vous trouverez nombre d’infos et de liens)

Free_Jabeur_Mejri_0

En repos jusqu’à l’épuisement

Bon, où en suis-je ?

Pelote, le chat que nous avions adopté en juin, est mort, victime d’une voiture noire qui filait comme un couperet. Plus qu’une amicale créature qui aimait faire et recevoir des bisous sur le museau, c’est un réveil – vas-y que je te ronronne dans l’oreille à six heures du matin tout en te piétinant la joue – que nous avons perdu.

Il est inhumé près de la haie, dans un coin du jardin que le soleil ne réchauffera pas avant mars ou avril. Trois pierres et un bâton marquent l’emplacement. Petit Pepper vient parfois coller son front à la fenêtre couverte de buée de la cuisine : ce petit chat qui gît dans le sol gelé, enroulé dans un joli papier blanc, est le tout premier compagnon qu’il enterre.

Pelote

Dans un tout petit village, dites dans la cour de l’école que votre chat est mort et, le soir-même, votre deuil sera connu de tous. Il se peut même qu’une personne que vous ne connaissiez que pour l’avoir croisée devant l’église vous téléphone pour vous dire qu’elle a appris la terrible nouvelle et que, ma foi, si ça peut aider, elle sait que, dans un hameau dont la géolocalisation vous est parfaitement inconnue, il est des gens qui ont un chaton à donner à un enfant triste. Si, du reste, cela doit vous faciliter la vie, elle ajoute qu’elle est prête à aller elle-même chercher ledit chaton au fin fond de la campagne. Vous dites oui à tout et vous vous retrouvez finalement avec un petit machin tout maigre que vous appelez Chaussette parce que le bout de ses pattes est blanc.

Chaussette

Entre ces départs brutaux et ces arrivées soudaines, quelqu’un de tout aussi aimable que l’entremetteuse de chatons – décidemment ! – vous a fait livrer gratuitement trois sachets d’herbe locale. Vos premiers sachets d’herbe en 10 mois. Youpi !

Le problème, c’est que vous ne foutez plus rien. Oh, presque chaque matin, vous ouvrez bien un document Word et la presse nationale et internationale mais rien ne vous inspire le moindre commentaire. Vous êtes bien au-delà de ces articles que vous ne tentez d’écrire en vain que pour échapper à la culpabilité.

Après deux semaines de silence, vous décidez finalement d’exposer sans fard la situation à vos lecteurs : à moins que le blogueur n’ait une lumineuse idée d’article et le courage de rédiger ledit article, ce qui semble fort improbable puisqu’il ne pose son roman (Sur les jantes de Thomas McGuane) que pour plonger dans sa discothèque psychédélique, s’engouffrer dans son épouse asiatique ou s’abattre sur une grosse boîte de nounours à la guimauve, ce blog sera fermé jusqu’à épuisement total des trois sachets (dont il ne reste déjà guère que la moitié).